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Un Américain à Paris: l'euphorie contagieuse.

Le cinéma a des vertus médicinales, et certains films devraient être remboursés par la sécurité sociale. C'est le cas du film Un Américain à Paris sorti en 1952 du réalisateur Vicente Minelli, avec Gene Kelly, Leslie Caron et Georges Guetary. Inspiré par l’œuvre de George Gershwin, Minnelli théorise le genre de la comédie musicale et nous délivre un chef-d’œuvre.

Gene vous souhaite la bienvenue et une bonne lecture.

Gene vous souhaite la bienvenue et une bonne lecture.

Le scénario pourrait tenir sur un ticket de métro (parisien). Dans un Paris en carton-pâte, Jerry (Gene Kelly) est un ancien GI reconverti en artiste peintre. Il habite dans un petit immeuble non loin de son ami Adam Cook (Oscar Levant), un pianiste de génie. Ce dernier lui présente une vedette de la chanson, Henri Baurel (Georges Guetary) qui lui annonce qu'il va se marier avec la jeune Lise Bouvier (Leslie Caron). Peu de temps après cette rencontre, la vie de Jerry va basculer. D'abord, il rencontre sur les quais de Seine une mécène qui tombe amoureuse de lui et veux lui acheter des tableaux. Elle l'invite alors à une soirée où Jerry a tomber sous le charme d'une jeune femme, qui n'est autre que Lise Bouvier ! Si dans un premier temps la jeune femme lui adresse un courtois mais ferme refus, elle finit par accepter un rendez-vous avec lui lorsque Jerry va à sa rencontre dans la parfumerie où elle travaille. Une relation amoureuse débute alors entre les deux. Pendant ce temps, Henri Baurel signe un contrat pour aller chanter aux Etats-Unis et demande alors à Lise de l'épouser, ce qu'elle accepte. Il faut savoir que Baurel compte beaucoup pour elle puisqu'il a recueilli la jeune femme pendant la Seconde Guerre Mondiale. Lise rompt donc à contre-coeur avec Jerry qui est anéanti. Le peintre invite alors sa mécène à une soirée pour oublier mais il y rencontre Henri et Lise. Les deux anciens amants ont alors une dernière conversation, des adieux entendus en cachette par Baurel. Jerry est maintenant seul sur ce balcon et s'égare dans une rêverie. Mais soudain, la voiture de Lise revient! Baurel a compris que Lise aimait Jerry et veut qu'elle soit heureuse. Nos amoureux se rejoignent alors. Tout est bien qui finit bien !

Easy Leslie.

Easy Leslie.

Passons rapidement l'aspect technique. C'est simple: Minnelli fait du Minnelli. Tourné en studio, c'est le Paris idéalisé du réalisateur qui est filmé, comme il l'avait fait pour les Caraïbes dans Le Pirate puis plus maladroitement avec l’Écosse dans Brigadoon.Cela sent le carton-pâte mais il y a quelque part un coté rassurant d'être dans le cliché. La comédie musicale n'est pas fait pour représenter la réalité, nous ne sommes pas dans le néo-réalisme. C'est une bulle, un cocon qui protège le spectateur, Minnelli l'a bien compris. Les acteurs sont quand à eux extraordinaires. Si l'on a du mal dans un premier temps à s'habituer à Leslie Caron, qui dénote par rapport aux actrices américaines de l'époque, sa beauté atypique parvient à nous charmer. Guétary est aussi une découverte intéressante. Le chanteur français y est naturel et enjoué, c'est un vrai plaisir de la voir chanter. Et puis Gene Kelly. Que pourrait-on dire de plus sur lui, il est toujours parfait !

Un Américain à Paris: l'euphorie contagieuse.

L'intérêt majeur du film repose évidemment sur les scènes chantées et dansées. On en distingue deux genres. Il y a tout d'abord les passages de « rêveries » , au nombre de trois. La première est l'introduction du personnage de Lise. Nous sommes alors dans la tête de Jerry et Adam. C'est un passage assez drôle où la jeune fille change de costumes mais aussi d'attitude en fonction de la description qu'en fait Baurel, variant du tout au tout. On peut admirer dans ce passage la formation classique de Leslie Caron.

Vient ensuite le concerto de Gershwin qu'Adam s'imagine jouer. Numéro seulement musical, la particularité est que dans son rêve le pianiste est aussi le chef d'orchestre, le violoniste, le public...Ce numéro assez sympathique n'apporte hélas rien à la trame narrative. Puis il y a enfin le ballet final, rêvé par Jerry. Voilà comment l'on transforme un film en chef-d'oeuvre. Minelli prit ici un risque considérable (artistique et budgétaire) en insérant un ballet de 18 minutes, justement inspiré d'Un Américain à Paris de Gershwin, à la fin de son film. Certes, cela avait déjà fait dans les Chaussons rouges, mais Minnelli parvient à atteindre lui aussi l'excellence en nous proposant tout autre chose. Jerry, seul sur son balcon, s'imagine retrouver Lise et danser avec elle dans un Paris de carte postale, inspiré par les peintres impressionnistes (le décor d'arrière plan est d'ailleurs peint et les costumes sont ceux portés au XIXe siècle). Le ballet est coloré, vivant, varié (les tableaux changent), c'est un tourbillon qui nous emporte en même temps que les protagonistes. Dans ce ballet, on retrouve un principe déjà vu chez Powell, celui de l'« Art total ». Minnelli parvient en effet dans ce ballet final à lier danse, musique, peinture et sculpture. Indubitablement l'un des plus grands moments de l'âge d'or de la comédie musicale.

A ces scènes de « rêveries » s'ajoutent des numéros qui s'ancre dans la réalité. Retenons en deux. Il y a tout d'abord le très énergique I got rythm où Gene Kelly danse avec des enfants à qui il apprend l'anglais. Ce numéro, outre mettre en avant les qualités de danseurs de Kelly, nous montre aussi ses talents d'acteurs et d'imitateur, notamment quand il singe Napoléon ou Charlot. Kelly n'est pas qu'un danseur, c'est aussi un formidable acteur !

A ces scènes survitaminées ( I got rythm, By Strauss,'S Wonderful, This Time is Really Love ...) s'ajoutent des numéros plus intimes comme le pas de deux entre Gene Kelly et Leslie Caron Our Love is Here to Stay où au terme d'une danse toute en légéreté et en douceur, les deux amoureux échangent leur premier baiser.

Alors, si la déprime vous guette, une dose d'Un Américain à Paris et vous serez de nouveau dans une forme étincelante. C'était une prescription gratuite de votre serviteur.

Tag(s) : #Analyse, #Film musical

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