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Merce Cunningham: le jeu de la danse et du hasard

Si la danse contemporaine parvient à nous surprendre, nous émouvoir, nous faire réfléchir, elle le doit sans aucun doute à un seul homme: Merce Cunningham. Le chorégraphe américain a bouleversé les codes de la danse moderne et posé les bases de la danse contemporaine telle que nous la connaissons maintenant.

Né en 1919, Merce Cunningham, après une formation initiale à la Cornish School, intègre la compagnie de Martha Graham, une référence de la danse moderne. Mais, rapidement insatisfait, Cunningham quitte dès 1945 la troupe de Graham et va commencer à composer ses propres chorégraphies. La révolution est en marche.

Dès sa première pièce 16 danses pour soliste et compagnie de trois, Cunningham intègre un concept novateur dans la danse: le hasard. Il refuse donc l'idée de fil conducteur et choisit l'ordre des sections de sa chorégraphie au hasard (des pièces de monnaies jetées en l'air décident pour lui). Cunningham surprend son spectateur, il le rend aussi actif. En effet, là ou la danse classique jouait sur les émotions, Cunningham intellectualise son art et contraint le spectateur à la construction d'un sens à ce qu'il voit.

Cunnigham découple la danse de la musique. La chorégraphie ne suit plus le rythme de la musique, mais est définie par un temps précis. La danse compose alors sa propre musique, et chaque geste, chez Cunningham, peut être perçu comme une note. Le spectateur est entraîné par le rythme des pas des danseurs. Le chorégraphe laisse une liberté importante à ses danseurs dans l'utilisation de l'espace. Ceux-ci peuvent se mouvoir dans tout l'espace disponible. Il n'y a pas de hiérarchie chez les danseurs , chacun est "son propre centre" contrairement à la danse classique. Et si on perçoit chez Cunningham l'influence de la danse classique (dans certains mouvements), il n'y a toutefois pas de "danseur étoile" dans ses pièces. Le spectateur peut donc laisser divaguer son regard parmi les danseurs et ne pas se concentrer sur un seul. La liberté des danseurs permet celle du spectateur.

Cunningham assimile la danse à un spectacle total (idée que l'on retrouve chez Philippe Decouflé). Il intègre divers arts (musique, arts plastiques, vidéo) à ses chorégraphies. Cunningham est le premier à utiliser la vidéo en filmant ses chorégraphies. Elle n'est pas juste un support, la vidéo est partie prenante de la chorégraphie dans un désir d'universalisation de cet art. Sa théorie du hasard le pousse à travailler aussi avec l'informatique. Il crée avec des informaticiens le logiciel Lifeform. Avec ce logiciel il essaye, avec un danseur modélisé, de combiner des mouvements aléatoires dans un ordre lui aussi indéfini. Cunningham est en perpétuel renouvellement de son art, poussant encore plus loin sa théorie du hasard. Cette recherche s'achèvera à sa mort, en 2009.

Devant tant d'idées, d'innovations que de nombreux chorégraphes exploitent encore, et tout simplement sa capacité à recréer un art ancestral, on ne peut lui dire qu'une chose: merci.

SB

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