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Marie Plissetskaïa, le dernier voyage d'un cygne.

Quel roman que la vie de Marie Plissetskaïa !

Son enfance ne fut pas des plus heureuses. Née le 20 novembre 1925 sous le régime Stalinien, la dictature communiste lui prit d'abord son père, fusillé en 1938, puis sa mère, Rachel Messerer, actrice de cinéma muet, envoyée dans un camp, puisque considérée issue d'une famille « traître à la nation ». Son frère, Alexandre Plissetski, alors âgé de sept mois, sera déporté avec elle (il est aujourd'hui maître de ballet au Béjart Ballet de Lausanne). La jeune Marie Plissetskaïa est alors recueillie par son oncle, professeur de danse et sa tante ballerine. Elle oublie alors ses souffrances grâce à la danse et veut en faire son métier. Elle rentre au Bolchoï en 1943, alors que l'URSS est plongée dans le tourment de la Seconde Guerre Mondiale. C'est alors que va commencer une carrière qui va s'étendre pendant près de 50 ans, outrepassant de très loin l'âge limite de 42 ans des étoiles. Celle qui va être nommée étoile en 1960 puis « prima ballerina assoluta », titre suprême dont seule Galina Oulano et elle peuvent se traguer d'avoir, va va donner des sueurs froides au régime soviétique. Le pouvoir juge son style trop sensuelle, pas loin, selon eux, de la trahison de la danse classique, notamment dans son rôle de Carmen en 1967, crée spécialement pour elle par Alberto Alonzo.Elle ne portera jamais le régime dans son cœur, ce que l'on peut comprendre aisément vu son passé. Lorsqu'elle dansera en 1953 pour l'anniversaire de Staline, elle dira ceci :

"J'avais peur. J'étais morte de trac et le parquet était une véritable patinoire. Je scrutais sans cesse le public, cherchant qui était responsable du malheur de ma famille"

Avec le dégel des relations Est/Ouest, Marie Plissetskaïa va pouvoir travailler avec de grands chorégraphes comme Roland Petit ou Maurice Béjart. Désignée comme ambassadrice de l'art soviétique à travers le monde, cela ne l'empêchera pas d'être maltraitée par son pays, car elle est toujours considérée, à cause de ses parents, comme une ennemi du peuple. Elle aurait pu quitter l'URSS comme Noureev me direz-vous, pour assouvir sa passion de la danse ou par amour pour son amant, Warren Beatty. Non, car comme elle l'écrit dans ses mémoires Moi, Marie Plissetskaïa, publiées en 1995 :

« Mon époux et ma famille restaient en gage en Russie [...]Je savais ce qui les attendait si je ne revenais pas. C'est pourquoi je ne suis pas restée à l'Ouest. »

En parallèle de sa carrière de danseuse, elle devient chorégraphe et crée trois pièces : Anna Karénine en 1971, La Mouette en 1980 et La Dame au petit chien en 1985, trois œuvres sur une musique de son mari Rodion Chtchedrine, qu'elle a épousée en 1958. Elle dirigera le ballet de Madrid de 1987 à 1989 et sera nommée présidente du Ballet impérial russe en 1996. Elle démissionnera finalement du Bolchoï en 1990, à l'âge de 65 ans mais montera jusqu'à ses 80 ans sur scène. Elle fut amie avec Roland Petit, Pierre Cardin et Maurice Béjart, ce dernier dira d'elle :

« Maïa Plissetskaïa a assimilé la grande tradition, l'a digérée et retraitée, ce qui lui a permis de gagner la liberté. Quoi qu'elle danse, je sens en elle une force vitale énorme, la sensualité, mais avant tout la modernité »

L'étoile s'est éteinte ce 2 mai 2015 en Allemagne à l'âge de 89 ans.

Tag(s) : #Portrait, #Nécrologie

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