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Ce mercredi 29 avril 2015, nous fêtons la 33eme journée internationale de la danse. Ce choix de date n'est pas anodin, puisqu'il s'agit du jour anniversaire de la naissance de Jean Noverre (1727/1810) danseur, maître de ballet et théoricien français, considéré comme le créateur du ballet moderne.

Outre les (trop rares) festivités liées à cette journée, notamment sous l'égide de l'UNESCO, le comité international de la danse de l’ITI choisit un danseur ou un chorégraphe qui enregistre un message. Le but de ce message est de célébrer la danse mais aussi de démontrer l'universalité de cet art, le langage corporel surpassant le langage oral.

Cette année, l'auteur du message est le chorégraphe espagnol Israël Galvan. Vous trouverez son message ci-dessous. Bonne Lecture

Message d'Israël Galvan

Carmen Amaya, Valeska Gert, Suzushi Hanayagi, Michael Jackson… des danses inclassifiables. Je ne serais pas capable de déchiffrer leurs styles de danse… Je les vois comme des turbines génératrices d'énergie, et cela me fait penser à l'importance de la chorégraphie sur cette même énergie, le tourbillon qu'elle provoque.

J'imagine cette bobine de Tesla qui les attire tous, émet une onde guérisseuse et provoque une métamorphose des corps : Pina Bausch en tant que mante religieuse, Raimund Hoghe transformé en bousier, Vicente Escudero en phasme et même Bruce Lee en scolopendre.

J'ai dansé mon premier duo avec ma mère enceinte de 7 mois. Vous pourriez croire que j'exagère. Même si je danse presque toujours seul, j'imagine que des fantômes m'accompagnent et me font perdre mon rôle de « danseur de solitudes ». Didi-Huberman ne voulait-il pas dire : de soleares ?

Quand j'étais petit, je n'aimais pas la danse, mais c'était quelque chose qui sortait de moi de manière naturelle et facile. Presque instinctive. Avec le temps, je me suis rendu compte que la danse soignait, avait des effets presque médicinaux, et m'aidait à ne pas être si introverti et à m'ouvrir à d'autres personnes. J'ai vu l'image d'un enfant malade de l'Ébola se soigner à l'aide de la danse. Je sais que c'est une superstition, mais serait-ce possible ?

Ensuite, la danse est devenue une obsession qui a occupé mon temps et qui fait que je danse même quand je ne bouge pas et que je suis immobile, en m'éloignant ainsi de la réalité des choses. Je ne sais pas si c'est bien ou non, mais… c'est ainsi. Quand je suis assis sur le canapé en pensant à mes affaires, avec mon propre ronronnement, ma fille Milena me dit : Papa, ne danses pas.

Et je vois les gens bouger en marchant dans la rue, en hélant un taxi, en se déplaçant avec différentes sortes de formes, styles et déformations. Tout le monde danse ! Ils ne le savent pas, mais ils dansent ! J'aimerai leur crier : il y a des gens qui ne le savent pas encore ! Nous dansons tous ! Ceux qui ne dansent pas n'ont pas de chance, ils sont morts, ils ne ressentent rien et ne souffrent de rien !

J'aime le mot fusion. Pas en tant que terme de marketing ou en tant que confusion pour vendre un style déterminé ou une marque. Plus dans le sens de fusion, de mélange atomique : un shaker avec les pieds plantés dans le sol de Juan Belmonte, les bras aériens d'Isadora Duncan et le cintrage moyen du ventre de Jeff Cohen dans Les Goonies. Et avec tous ces ingrédients, préparer une boisson agréable et intense, qui soit riche ou amère ou qui monte à la tête. Notre tradition, c'est aussi ce mélange, nous venons d'un cocktail, et les orthodoxes croient qu'il faut cacher sa formule secrète. Mais non : races, religions et credos politiques : tout se mélange ! Tout le monde peut danser ensemble ! Peut-être pas les uns dans les bras des autres, mais les uns à côté des autres.

Il y a un proverbe chinois qui dit cela : le battement d'ailes d'un papillon peut être ressenti à l'autre bout du monde. Quand une mouche s'envole au Japon, un typhon secoue les eaux des Caraïbes. Pedro G. Romero, après une danse de sevillanas écrasante, disait : le jour où la bombe est tombée sur Hiroshima, Nijinsky répétait son grand saut dans un bois en Autriche. Et je continue à imaginer : un coup de fouet de Savion Glover fait se retourner Mikhail Baryshnikov. À ce moment-là, Kazuo Ono reste immobile et provoque une certaine électricité chez María Muñoz qui pense à Vonrad Veidt et oblige Akram Khan à provoquer un tremblement de terre dans sa loge : ses cloches bougent, et le sol se teint des gouttes fatiguées de sa sueur.

J'aimerais pouvoir dédier cette Journée Internationale de la Danse et ces mots à quiconque au monde est en train de danser en ce moment précis. Mais permettez-moi d'exprimer une blague et un désir : danseuses, musiciens, producteurs, critiques, programmateurs, lançons les festivités et dansons tous, comme le faisait Béjart, dansons en grand, dansons le Bolero de Ravel, dansons-le ensemble.

Et voici le message de Lucas Patuelli, chorégraphe canadien

"Peu importe son âge, sa race, son sexe ou ses habiletés, chacun peut danser! La danse est ce secret enfoui en chacun. Certains décident de le partager avec les autres, d’autres préfèrent le préserver en eux-mêmes. Que nous en soyons conscients ou non, la vie est danse. Chacun de nos mouvements, de nos inspirations, de nos battements de cœur crée un rythme. Le moindre des gestes peut transformer une prestation; à l’image des effets du moindre acte dans nos vies. La danse est ce lien entre l’univers et nous; lorsque nous bougeons, nous nous déployons, portés par l’énergie, les émotions et les défis que nous affrontons. Il nous appartient de choisir la façon de transmettre notre danse dans le monde. La danse est la forme ultime de l’expression de soi. Elle nous donne l’assurance que tout ira pour le mieux. En nous faisant accéder à notre force intérieure, la danse nous invite à surmonter nos limites. Profitez donc pleinement de la vie en la dansant de la plus belle façon!

Tag(s) : #Inclassable

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