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Alonzo King Ballet: le ballet de l'universalité.

Commencer sa saison par l'Alonzo King Ballet, il y a de bien plus mauvaises façons de débuter. La célèbre compagnie américaine fondée en 1982 par Alonzo King, nous proposait trois pièces de son répertoire, Concerto for two violins, Men's Quintet et Writing Ground. Si tout n'était pas de qualité égale, la soirée fut toutefois plus que réussie.

Concerto for two violins, sur la musique de Bach, nous donne le ton de cette soirée, placée sous les thèmes du classique et du métissage des genres. Pendant 16 minutes, sur un sol immaculé, avec des costumes jouant sur le contraste simple du noir et blanc, porté par la beauté de la musique de Bach, les danseurs nous régalent. Les gestes sont amples, les artistes s'étirent de tout leur long, se contorsionnent avec grâce: ils sont parfaitement en adéquation avec la musique de Bach. Les danseurs et le violons ne semblent faire plus qu'un. Cette pièce comporte plusieurs tableaux, la première réunissant tous les danseurs pour un ballet de toute beauté, la deuxième ne comporte que quatre danseurs qui enchaînent les portés dans une partie plus douce, donnant l'impression de vouloir atteindre les cieux, enfin la dernière regroupe les douze danseurs pour un ballet en apothéose, avec la montée en puissance de la musique. Cette pièce est la plus aboutie des trois de la soirée. D'une durée parfaite, les tableaux s'enchaînent avec cohérence, au rythme des variations du concerto de Bach.

La deuxième pièce Men's Quintet est dansée sur la musique jazz d'Edgar Meyer. Il y a cinq danseurs sur scène, l'un se détachant des quatre autres. Ce dernier semble être le meneur qui guide les autres. Cette pièce nous fait passer un moment agréable. Les danseurs utilisent toute la scène avec une géométrie savamment orchestrée. On regrette toutefois que sa durée soit si courte, seulement huit minutes, ce qui ne laisse guère le temps de s'installer dans cette pièce et d'en comprendre tous les enjeux. En lisant le livret donné en début de représentation, il est marqué que qu'Alonzo King « perçoit chaque membre comme un rai de lumière, et appelle ses danseurs à irradier l’obscurité des théâtres de leur éclat ». Franchement, ce n'était pas facile de le comprendre.

Alonzo King Ballet: le ballet de l'universalité.

Writing Ground, s'inspire d'un poème de Colum McCann et est dansée sur des musiques sacrées tibétaines, juives, chrétiennes et musulmanes, ce qui je l'avoue, rend cette pièce très envoûtante. On se laisse très rapidement porter par la beauté de ce que l'on entend. La lumière est douce, teintée d'un léger filtre marron. Avec cette lumière et le décor, Alonzo King veut nous faire plonger dans les racines de notre monde : l'Afrique. Writing Ground est un appel à l'universel, elle mélange cultures, danses et danseurs pour ne former qu'un. Cette pièce est l'occasion de voir tout l'éventail classique de la compagnie du chorégraphe. Quelques mouvements sont bluffants comme les pointes accroupies des danseuses et un porté dans le dernier tableau, où une danseuse allongée sur le ventre dans les bras de plusieurs partenaires, se laisse glisser pour finir sur le dos. Deux tableaux sont particulièrement marquant. Le premier, sur une musique traditionnelle juive, fait évoluer cinq danseurs, un soliste et un quator, sur le même principe que Men's Quintet. J'ai particulièrement aimé l'adéquation avec la musique. Le soliste dansait sur la voix du chanteur et il était rejoint par le quatuor quand on entendait les choeurs. Le deuxième très beau moment est le tableau final du spectacle. Sur une musique traditionnelle tibétaine, cinq danseurs entrent en scène, une femme et quatre homme. La danseuse est au centre de ce tableau, elle est à la fois malmenée et portée au nues, passant de danseurs à danseurs, portée à bouts de bras, s'écroulant et se relevant, semblant fuir de scène mais se faisant rattraper. Ce tableau aurait presque suffit à lui-même dans cette pièce où aurait pu être l'élément central de ce dernier, car si on est globalement envoûté par l'ensemble, ce tableau n'est pas exempt de longueurs (la pièce dure 44 minutes). Capter l'attention du spectateur avec de la musique sacrée, au rythme lent, n'est pas toujours chose aisée, et Alonzo King ne parvient pas toujours à réussir son pari dans Writing Ground.

Tag(s) : #Spectacle, #Critique

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