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Danses avec la plume: "Parler de spectacles pointus de façon légère et de spectacles légers de façon pointue. L'inverse marche aussi."

Aujourd'hui, c'est avec un grand plaisir que j'accueille Amélie la rédactrice de Danses avec la Plume, site qui est actuellement (ce n'est que mon point de vue personnel) LA référence danse du net. Amélie a bien gentiment répondu à mes (nombreuses) questions sur la naissance de son site, ses objectifs, son avenir, mais aussi l'actualité danse du moment. Bonne lecture à tous!

Dis-nous d'abord qui se cache derrière Danses avec la plume ?

Une journaliste web qui travaille depuis huit ans pour les sites Internet de grosses rédactions généralistes (Europe 1, M6, TF1...). Lassée de voir qu'aucun de mes rédac'chefs n'étaient intéressé-e-s par mes sujets danse, j'ai décidé de créer mon propre espace, celui que je voudrais lire en tant que passionnée de danse.

Comment est né le site ?

Au tout début, c'était un blog, en novembre 2004. À cette époque, on ne parlait pas encore de « blog influent », les blogs étaient des journaux intimes. Passionnée par les réseaux du web, j'ai créé un blog pour comprendre comment cela fonctionnait. Mon blog est vite devenu un espace personnel, où je publiais des petites chroniques et billets d'humeur. Au fil des années, ce blog a pris le nom de Danses avec la plume. C'était un blog culturel, j'y publiais des chroniques de spectacles, livres, films, séries TV... La danse y a pris de plus en plus de place, jusqu'à être entièrement consacré à l'art chorégraphique en 2009.

De blog, Danses avec la plume est petit à petit devenu un site, notamment en 2012 où j'ai changé complètement le design pour un aspect plus magazine.


Pourquoi prendre comme nom un extrait d'une citation de Nieztsche ?

Je cherchais un nom à mon blog, j'ai farfouillé les citations danse. Celle-ci m'a inspirée car elle réunissait la danse et l'écriture, qui sont mes deux passions.


Peux-tu nous expliquer les objectifs de ton site ?

Publier des infos sur le monde de la danse, des critiques et des billets d'humeur, sans chichi et sans langue de bois. J'aime cette devise : « Parler de spectacles pointus de façon légère et de spectacles légers de façon pointue. L'inverse marche aussi ». On peut analyser en profondeur un spectacle, disserter sur un mouvement, mais aussi s'amuser avec.


Tu es très active sur les réseaux sociaux. Les vois-tu comme un simple outil promotionnel ou est-ce que tu les considères comme une partie intégrante de Danses avec la plume ?

Je pense qu'aujourd'hui, il est impossible pour un site éditorial de concevoir les réseaux sociaux comme un simple outil promotionnel. Ce sont de vrais prolongements du site. Idem pour Danses avec la plume, même si, faute de temps, je n'exploite pas les réseaux sociaux au maximum.

Est-ce que ce site t'a ouvert des portes dans le monde de la danse ?

Je ne pose pas la question dans ce sens. Bien sûr, plus Danses avec la plume a pris de l'importance, plus les compagnies se sont montrés intéressés. Aujourd'hui, le site est accrédité auprès de presque tous les théâtres, j'ai pu faire de nombreuses passionnantes interviews. Mais je ne le vois pas comme un bénéfice personnel. L'important est d'abord que Danses avec la plume propose un contenu riche et varié à son lectorat.


Comment envisages-tu l'avenir de Danses avec la Plume ?

C'est une bonne question ! Je me suis associée avec Estelle Pinchenzon qui a monté Onydanse. Nous avons monté cette année une régie publicitaire pour monétiser notre fort contenu éditorial. Cela prend forme petit à petit. Le rêve serait que Danses avec la plume soit un site viable économiquement. On n'y est pas encore, mais c'est sur le chemin.



Que penses-tu de la nomination de Benjamin Millepied à l'Opéra de Paris?

Pour beaucoup, c'est déjà une bonne chose d'avoir choisi quelqu'un de l'extérieur, pour apporter une nouvelle énergie, et je suis d'accord. Il est difficile ensuite de porter un jugement face à quelqu'un qui n'a pas encore pris son poste. Il arrive avec beaucoup de projets, beaucoup d'envie, mais faire bouger une institution comme l'Opéra n'est pas évident. Restera-t-il de plus assez longtemps pour le faire ? La saison prochaine sera très intéressante à suivre de ce point de vue-là. On verra tout de suite quelle énergie il influe, quel-le danseur-se il met en avant, quelle décision il prend. J'attends aussi avec impatience sa saison 2015-2016, sa première véritablement. On verra vraiment sa ligne artistique.


Il y a eu beaucoup de départ cette année à l'Opéra de Paris*, que penses-tu de la retraite obligatoire des étoiles à 42 ans ?

Ce ne sont pas que les Étoiles qui partent à 42 ans, mais tous les artistes de la compagnie. J'avoue n'avoir pas d'avis spécial sur la question. Cette limite rajoute à l'effet fonctionnaire du poste de danseur-se à l'Opéra. Mais c'est aussi l'assurance du renouvellement des générations. Une Étoile qui fait ses adieux, c'est un contrat professionnel de plus pour un élève de l'École de Danse. À vrai dire, il y a des danseur-se-s qui feraient peut-être mieux de s'arrêter avant. Ceux et celles qui peuvent encore danser le font en général, Noëlla Pontois a dansé jusqu'à 50 ans.

Je ne pense pas qu'il y ait de système idéal. L'important est que les danseurs et les danseuses y trouvent leur compte. Je n'ai pas l'impression que cet âge obligatoire de départ soit remis en question.


Qui dit départ dit aussi nomination, es-tu contente des deux dernières ?

Il n'y a pas à être contente ou mécontente des dernières nominations, c'est un choix artistique. Chacun après a sa subjectivité, aucun artiste ne peut plaire à tout le monde.

Ce qui est sûr, c'est que la nomination d'Alice Renavand comme celle d'Amandine Albisson étaient très attendues. Ces deux danseuses ont toujours été très appréciées de Brigitte Lefèvre, qui voulait les nommer avant son départ. Elles ont des profils très différents.

Alice Renavand est une danseuse à forte personnalité, mais limitée dans le répertoire (même si elle s'est révélée une Kitri vraiment intéressante). Elle serait restée Première danseuse que ça ne m'aurait pas choquée, mais il se passe toujours quelque chose en scène avec elle.

Amandine Albisson est beaucoup plus jeune, donc moins mûre artistiquement mais brillante dans beaucoup de registres. C'est plus un pari sur l'avenir. Je regrette juste pour elle le choix de sa nomination sur Tatiana, qui n'est vraiment pas son rôle.


Quelle serait ton émission télé idéale sur la danse ?

J'avais beaucoup aimé La Meilleure danse. Le jury était génial, le casting réussi avec d'excellents danseurs et danseuses, dans toutes les disciplines. En France, tout est très segmenté, avec d'un côté la danse classique, d'un autre la danse contemporaine, le hip hop, le flamenco, etc. Pour une fois, tous les styles de danse étaient mélangés. La finale de la deuxième saison était vraiment réussie, avec un super danseur classique, un excellent groupe de hip hop, un duo de danse contemporaine extra... J'aimais beaucoup ce mélange des genres et la danse restait au cœur de l'émission. Dommage que la réalisation n'ait pas été travaillée, ça a gâché le résultat final.

Le mieux serait encore la diversité des émissions sur la danse. Un programme sur The Dancers, plus dans une veine sitcom/télé-crochet, ne me gêne pas, tant que les candidat-e-s sont de vrai-e-s bon-ne-s danseurs (ce qui a l'air d'être le cas). Idem pour Danse avec les stars. C'est people et paillettes, mais les danseur-s-es pro sont vraiment excellents, et au final le programme a vraiment redoré l'image que le grand public pouvait avoir des danses de salon.

Le problème, c'est qu'aujourd'hui il n'y a plus que ce type d'émission. Si la danse avait une véritable place dans les émissions culturelles, si des ballets étaient retransmis à des heures décentes, si les artistes étaient plus souvent invités dans les talks, on se poserait moins la question.

Si tu ne devais retenir qu'un seul spectacle cette saison, lequel serait-ce ?

Pour l'instant, ce sont les adieux d'Isabelle Ciaravola dans Onéguine. Tout était magnifique dans cette soirée, aussi bien la représentation que les saluts, si chaleureux. Mais la saison n'est pas encore finie ! Entre le NDT, le Béjart Ballet Lausanne, la soirée Nicolas Le Riche ou le San Francisco Ballet aux Étés de la Danse, j'attends beaucoup de juin et juillet.

Quels sont ceux que tu attends avec impatience l'an prochain ?

Beaucoup ! Le gros plan William Forsythe au Festival d'Automne, Juliette et Roméo de Mats Ek, Un Américain à Paris, Nelken de Pina Bausch, La Belle au bois dormant de Béatrice Massin, Le Lac des Cygnes avec toute la nouvelle génération... Et puis la prise de fonction de Benjamin Millepied à la tête du Ballet de l'Opéra de Paris bien sûr. Je suis vraiment curieuse de voir ses distributions, s'il y a un nouvel élan, sa programmation 2015-2016... La saison prochaine sera riche !


Pour conclure, si tu devais me définir la danse en un mot, tu choisirais lequel ?

La danse prend une forme différente à chaque spectacle pour moi, donc question impossible à répondre.:).

* Isabelle Ciaravola en février, Nicolas Le Riche le 9 juillet

Merci encore à Amélie pour ses réponses très riches et sans langue de bois!

Tag(s) : #Interview

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