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S'inspirant du roman Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra, Hervé Koubi s'interroge sur son histoire et ses origines. Pour cela, il a traversé la Méditerranée pour travailler avec des danseurs de rue algériens. Si sur le papier cela paraissait alléchant, le résultat final est en demi-teinte.

Le décor et les costumes sont minimalistes: les danseurs, torse nu et portant un sarouel blanc, évoluent sur une scène blanche éclairée par un jeu de lumière bicolore (blanche ou jaune), mettant en avant leur musculature (pour le plaisir d'une partie du public). Si la lumière jaune évoque le désert et semble légitime, on peut toutefois douter de celle de la blanche. En effet, lorsque les danseurs s'allongeaient, la combinaison lumière blanche, sol blanc et sarouel blanc nuisait à la lisibilité de la chorégraphie.

La bande-son choisie, métissage de musique classique et orientale donne un ensemble envoûtant même si cela est parfois agressif. On peut regretter toutefois que la musique ne dure pas l'ensemble du spectacle et laisse place à des moments de silence dont on aurait pu se passer, ceci n'apportant que peu de choses au spectacle.

Ce que le jour doit à la nuit

Les chorégraphies, mélange de capoeira et de breakdance, sont spectaculaires. Les danseurs enchaînent les prouesses plus ébouriffantes les unes que les autres avec un dynamisme qui ne se dément jamais. C'est aérien, tonique et léger à la fois. Ce que le jour doit à la nuit emprunte à la danse contemporaine ses portés, ceux-ci sont très réussis avec de bonnes idées (un danseur montant sur le dos d'un autre pour se projeter dans les bras de ses autres partenaires). Quant aux passages en groupe, l'ensemble était parfaitement réglé. Habitué à l'individualité, les artistes parvenaient à former un corps de ballet. Rien que pour cela, les danseurs méritaient les hourras de la foule.

Mais de la danse, aussi magnifique soit-elle ne fait pas un grand spectacle. Il manquait un élément essentiel dans Ce que le jour doit à la nuit : l'émotion. Les danseurs, tellement appliqués à bien faire, ne nous ont que trop rarement fait transparaître leurs émotions (excepté la danse tribale), si bien que l'on avait l'impression parfois d'assister à une démonstration de danse plutôt qu'à un spectacle.

Ce que le jour doit à la nuit

Ceci peut s'expliquer par plusieurs choses :

Le choix des danses : La capoeira est un art martial avant d'être une danse, ce n'est pas un vecteur d'émotion. Quant au breakdance, c'est une danse de révolte, d'énergie, qui nécessite une mise en scène particulière. Ce n'était pas le cas. N'est pas Merzouki qui veut.

La mise en scène : Certains éléments de mise en scène accentuaient cette impression de démonstration, notamment lorsque les danseurs se mettaient sur le coté pour regarder les autres danser, devenant ainsi spectateur. C'était gênant. Gênant tout comme les passages sans musique, plus axés sur du contemporain où la troupe dansait dos au public. Cette partie moins bien maîtrisée, sans émotion, donnait l'impression d'assister à un cours de taï-chi. Sachant que ses danseurs n'avait pas eu une formation « classique », Hervé Koubi aurait dû insister sur le registre émotionnel davantage que sur la technique.

Ce que le jour doit à la nuit

Ce que le jour doit à la nuit aurait pu être un bon spectacle si la mise en scène avait été à la hauteur des prestations des danseurs. On ne m'a rien raconté pendant une heure. C'était beau mais froid et vain ? C'est d'autant plus frustrant qu'à la fin du spectacle, lorsque Hervé Koubi présente ses frères comme il les appelle et raconte leur histoire, on sent chez lui une véritable passion. On s'imagine des endroits magnifiques, des odeurs, des couleurs. Alors on se demande : pourquoi vous ne nous avez pas raconté cela dans votre spectacle ?

Tag(s) : #Spectacle, #Critique

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