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Ziegfield Follies: pour Fred et Gene.

Réunir dans le même film Astaire, Kelly, Garland, Charisse, Grayson sous la direction de Minnelli, Sydney et de six autres réalisateurs, avec la musique de Gershwin, est-ce une folie ? Oui, mais une Ziegfield Follies ! Mais l'association de toutes ses vedettes est-il un gage de succès. Oui...si on ne fait pas un film à sketch.

Florenz Ziegfield (William Powell qui reprend son rôle du Grand Ziegfield) est maintenant au paradis. Bien qu'il soit heureux, il se souvient avec nostalgie du succès de sa revue. Il imagine alors un ultime spectacle avec ses anciennes gloires et les vedettes du moment. Cela commence donc par une introduction signée Fred Astaire assortie du ballet Here's to the girls avec Cyd Charisse, suivi d'une chanson Bring on the Wonderful Men, qui fait écho au numéro précédent. Des tableaux divers et variés vont ensuite s'enchaîner. Cela débute par une danse aquatique d'Esther Williams. Place ensuite à l'humour avec Kennen Wynn dans le rôle d'un client qui a fort à faire avec une opératrice dans Number Please. Dans le sketch suivant, James Melton et Marion Bell nous chantent la Traviata. Puis c'est au tour de Victor Moore et d'Edward Arnold de nous faire rire avec le numéro Pay the Two Dollars. Après avoir craché sur le sol, Victor Moore est condamné à 2 dollars d'amende. Son ami, avocat qui n'a jamais perdu, refuse de la payer et mène l'affaire en justice, ce qui conduira son client à la catastrophe! Vient enfin l'heure de la danse. Fred Astaire, dans un erzatz d'Arsène Lupin, cherche à séduire Lucille Bremer pour lui prendre ses bijoux (This heart of mine). Une fois cette parenthèse enchantée close, retour à la comédie avec Fanny Brice (une ancienne vedette de la revue de Ziegfield) dans le rôle de Norma, une avare qui fait tout pour récupérer un billet gagnant que son mari a donné à son bailleur pour payer le reste du loyer (Sweepstakes tickets ). Prenons ensuite nos valises direction les Caraïbes pour une chanson sur l'amour de Lena Horne, sobrement intitulée Love. Puis place à une page publicitaire pour le « Gin biture » avec le « poète » Red Skeleton (When Television Comes). Suite à ce bref sketch, on retrouve le duo Fred Astaire/Lucille Bremer dans une pantomime (Limehouse Blues). Après ce beau numéro, c'est au tour de la grande Judy Garland d'entrer en scène dans le rôle d'une star interviewée par une foule de journalistes (A great Lady has an interview). Les surprises ne s'arrêtent pas là puisque le prochain numéro The Babbit and the Bromide met en scène un duo inédit, et quel duo, puisqu'il s'agit des deux monstres sacrés de la comédie musicale: Gene Kelly et Fred Astaire. Le spectacle s'achève enfin par la chanson Beauty de la sublime Kathryn Grayson.

Le choc des Titans.

Le choc des Titans.

Ziegfield Follies n'échappe pas à l'écueil des films à sketchs. L'ensemble est inégal. Ceci s'explique en partie pas la profusion des réalisateurs sur le film (huit). Sans leur faire injure, Sydney, Walters, Taurog, Lewis, Loring, Del Ruth et Ayers n'ont pas le savoir faire de Minnelli dans le domaine de la comédie musicale. Le film oscille donc entre la médiocrité et le très bon. Commençons par le très moyen. Il y en a beaucoup. Les numéros « comiques », à l'exception de Pay the Two Dollars, sont poussifs et surjoués. Peut-être drôles à l'époque, ils seront facilement oubliables pour le spectateur d'aujourd'hui. Ce ne sont pas les seuls hélas puisque les numéros chantés ne vous bouleverseront sans doute pas non plus. Sans remettre en cause le talent de Grayson ou Lorne, un numéro musical placé sans justification narrative dans un film perd de son intérêt. On a alors plus l'impression de regarder un clip qu'un film musical. Quant à la danse, le premier ballet est franchement décevant et ne laissait augurer rien de bon.

Un jeu sobre...

Un jeu sobre...

Il y a toutefois des choses formidables. Les duos entre Fred Astaire et Lucille Bremer sont très réussis. Le premier, The heart of mine, nous rappelle les grandes heures du duo Astaire/Rogers (d’ailleurs où est-elle?). Très classique dans sa forme, il n'en demeure pas moins agréable à suivre. Le second, The Limehouse Blues, est plus original. Perdu dans ses rêves, Fred Astaire, incarnant un chinois, se retrouve perdu une un Orient onirique. Le thème et la composition de ce numéro préfigure déjà le ballet final d'Un Américain à Paris. Il y a enfin le numéro de Judy Garland, qui par son énergie naturelle nous fait passer un bon moment sur un numéro pourtant scénaristiquement très faible.

Mais la véritable réussite de ce film reste le numéro The Babbitt and the Bromide réunissant Fred Astaire et Gene Kelly. L'introduction de ce numéro est le passage le plus drôle du film et est un pied de nez aux observateurs puisque les deux danseurs s'amusent de leur soi-disante rivalité. Assis sur un banc, nos deux vedettes esquissent un pas de danse. Gene Kelly reconnaît Fred Astaire. Quant à ce dernier, il fait mine de ne pas reconnaître Kelly. Ce qui nous donne un dialogue savoureux :

« -Hé ! Mais vous...Vous êtes Fred Astaire ?

-Oui, mais je suis désolé, je ne crois pas vous connaître ? Que faites-vous dans la vie ?

-Je danse...

-Oui chez vous pour vous amuser.

-Non, devant un public !

-D'accord, au coin d'une rue.

-Non, non ! Au cinéma !Vous allez au cinéma voir des comédies musicales ?

-Oui bien sûr !

-Vous avez vu Cover Girl ?

-Oui...

-Je danse dedans (sourire satisfait de Kelly).

-Vous n'êtes pas Rita Hayworth ???

-Non je ne le suis pas...Ginger...

Le numéro débute alors. The Babbit and the Bromide reste classique dans sa composition, se limitant à des claquettes. Mais ce qui est intéressant, c'est de pouvoir comparer le style d'Astaire et Kelly. Si les deux vedettes font les mêmes pas, on remarque rapidement des différences. Astaire à le geste plus fin, plus élégant, l'ensemble est fluide. Kelly est plus athlétique, énergique, nous donnant un ensemble plus tonique. Leur style se complètent parfaitement. Et pour ne rien gâcher, leur voix s'accordent très bien ensemble !

En définitive, Ziegfield Follies est très dispensable. Et si vous voulez tellement voir les trois beaux numéros de ce film, épargnez-vous le visionnage et allez sur un site de partage de vidéos ...

SB

Moralité, le film tombe à l'eau.

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Tag(s) : #Film musical, #Analyse

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