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Robot!

Robot! était l'un des événements les plus attendus de ma saison de danse. Je ne connaissais Blanca Li que de nom et pour sa collaboration avec Daft Punk sur le clip Around the world. Le projet de la chorégraphe était ambitieux et à risque : faire évoluer des robots sur scène avec des danseurs. Le pari est-il réussi ? La réponse est oui. Au-delà de toutes espérances.

Avec Robot!, le spectateur en prend plein la vue et les oreilles pendant le spectacle grâce au travail du collectif Maiwa Denki. La scène d'introduction nous plonge immédiatement dans le bain où des images sont projetés sur le corps d'un danseur, le faisant changer d'apparence à chaque instant. On découvre ainsi le corps humain et ses rouages, au sens propre du terme, montrant ainsi le lien étroit entre humain et machine. La danseur endosse aussi plusieurs costumes faisant référence à la culture pop. Le spectateur y verra des références à Bioman, Iron Man ... Puis il y a ces petits robots, complètement bluffants. De prime abord, voir danser des robots pouvait rendre perplexe. Pourtant l'ensemble est incroyablement fluide et l'on se demande par quelle magie les artistes du collectif Maiwa Denki ont pu réaliser cela. Enfin, il y a huit instruments (autant que les danseurs) complètement loufoques, que les danseurs mettent en action, et qui surprennent par leur apparence mais aussi leur son troublant. D'abord étonné par cette sonorité, on se laisse facilement prendre à cette musique venue d'ailleurs, qui fait parfois penser au travail de Damon Albarn, le créateur de Gorillaz.

Blanca Li aurait pu facilement sombrer dans la facilité en se contentant des prouesses techniques de son spectacle. Ce n'est pas le cas. Robot est une œuvre poétique, drôle et énergique. Nombreux sont les moments de grâce. S'il ne fallait n'en retenir que quelques-uns (et Dieu sait que c'est difficile de les sélectionner), ce serait d'abord la première apparition de Nao le robot et les duos autours des instruments automates. Le premier est un moment particulièrement émouvant ou un danseur apprend au petit robot à marcher et à danser, comme un père avec son fils, le second, plus conventionnel, n'en est pas moins sublime, notamment grâce à de magnifiques portés. Mais l'on rit aussi de bon cœur dans ce spectacle, en particulier lorsque Nao chante, un boa autour du cou, la chanson Besame mucho, tente de séduire une danseuse en lui montrant ses muscles, où quand une des danseuses contrôle l'un de ses partenaires avec une télécommande, le faisant mimer un combat (avec des références à Street Fighter). Le tout dans une énergie incroyable, un joyeux foutoir symbolisé dans la scène finale où tous les éléments de décors se trouvent éparpillés sur scène et où s'ébat la troupe.

L'émotion et le rire. C'est ça Robot!L'émotion et le rire. C'est ça Robot!

L'émotion et le rire. C'est ça Robot!

Blanca Li nous fait aussi réfléchir sur les rapports entre l'homme et la machine. La scène la plus évocatrice et celle qui débute par l'arrivée de Nao sur scène. La danseur apprend tout d'abord à danser au petit robot. Celui-ci va ensuite devenir autonome et danser avec ses congénères dans une courte chorégraphie, puis se font rejoindre par les danseurs courant sur la scène dans tous les sens, les robots semblant perdus dans ce chaos. Durant cette scène, un renversement semble s'être opéré : les hommes se comportent comme des automates et les robots semblent se demander ce qu'il se passe. Ils sont alors plus humains que les humains eux-même. On se demande alors qui mène la danse. Est-ce l'homme ou le robot ? Le danseur n'est t-il pas automate lui même ? Autre symbole de cette automatisation de l'homme : la scène de l'usine où les danseurs, tous habillés de la même façon (les costumes sont d'ailleurs superbes), répètent inlassablement les mêmes gestes jusqu'à ce que l'un d'eux « dysfonctionne ». Retenons aussi cette scène où les danseurs semblent relier à une machine qui les fait danser selon son rythme. La chose devient alors évidente: à fréquenter les machines, l'homme en devient une ou est à sa merci. D'ailleurs, dans l'un des derniers tableaux, quatre des danseurs reconstituent le schéma de l'évolution de l'homme, on se demande alors si le stade ultime n'est pas d'être une machine.

Robot! est un vrai régal que je ne peux que vous conseiller. Ce spectacle est une merveille qui vous fera aimer les machines. D'ailleurs je vous laisse, je vais écouter du Kraftwerk avant de regarder Terminator.

SB

Tag(s) : #Spectacle, #Critique

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