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Cabaret de Bob Fosse

Cabaret est un film dont je voulais parler depuis longtemps. Adaptation de Goodbye Berlin, livre publié en 39, d'abord proposé à Gene Kelly et Billy Wilder, c'est à Bob Fosse que revint l'honneur de le réaliser. Ce film rencontra un grand succès public et critique, notamment en remportant 8 oscars. Mérité ou non ? Et bien nous allons le savoir tout de suite. Wilkommen, bienvenue, welcome dans cet article!

Berlin. 1931. Au soir de la République de Weimar. Brian (Michaël York), un étudiant anglais, débarque dans la capitale allemande pour y poursuivre sa thèse de philosophie. C'est en cherchant une logeuse qu'il fait la rencontre de Sally Bowles (Liza Minnelli), une chanteuse américaine qui officie au Kit Kat Club, un cabaret, et qui est accessoirement fille d'ambassadeur. Elle lui propose de louer une chambre chez elle mais aussi de lui prêter la sienne, beaucoup plus grande, quand il donnera des cours d'anglais pour subvenir à ses besoins. Ses deux premiers élèves sont Fritz un jeune homme protestant sans le sou et qui rêve d'épouser une femme riche et Natalia Landauer, une riche héritière juive. Si le courant ne semble pas passer au début, les deux se plaisent finalement et tombent amoureux. Mais le mariage est impossible à cause de leur divergence religieuse. Pendant ce temps, Sally essaye de séduire Brian. Le succès n'est d'abord pas au rendez-vous (elle pense que Brian est homosexuel) mais finalement les deux deviennent amants. Quelques temps plus tard il font la rencontre de Maximilien, un riche allemand. Il séduit les deux amoureux, entretient avec chacun des relations intimes puis les abandonne! Après avoir découvert qu'ils avaient couché tous les deux avec Maximilien, Sally apprend qu'elle est enceinte mais ne sait pas si c'est de Brian ou de Max. Brian la demande alors en mariage et lui propose de vivre avec elle en Angleterre. Si elle accepte dans un premier temps, Sally décide finalement d'avorter à l'insu de Brian. Quand celui-ci l'apprend, il décide de la quitter et retourne à Cambridge. En parallèle, Fritz avoue à Natalia qu'il n'est pas protestant mais lui aussi juif et les deux se marient à la synagogue. Le film s'achève comme il a commencé, au cabaret, où dans le reflet des miroirs, apparaissent des chemises brunes. Nous sommes à l'orée du nazisme.

Vous pouvez avoir l'esprit mal placé, vous ne serez pas loin de la vérité.

Vous pouvez avoir l'esprit mal placé, vous ne serez pas loin de la vérité.

S'il ne fallait qu'un mot pour définir Cabaret, ce serait l'inquiétude. L'ambiance du film est étrange et pesante pour le spectateur qui est au fait de l'histoire de l'Allemagne. Impossible de ne pas faire le lien avec L'Ange Bleu de Josef Von Sternberg où le nazisme est lui aussi latent et qui se passe dans un cabaret. Sauf que dans Cabaret, il y a le recul des années, chose que n'avait pas le film de Sternberg, tourné en 1930. Bob Fosse ne fait pas du nazisme le thème majeur, laissant la part belle à ses personnages, mais il est là, de plus en plus pressant au fil du l'intrigue. Il y a tout d'abord la mise en scène de Fosse. Les lumières sont blafardes, l'atmosphère y est crépusculaire. Tout au long du film, le spectateur sent qu'il se trouve à la fin d'une époque : celle de la République de Weimar. Fosse distille quelques événements montrant l'influence croissante du nazisme sur la population et leurs actes barbares. La première fois où nous voyons un S.A, il se fait expulser manu-militari du cabaret par un homme. Cet homme nous le verrons quelque temps plus tard tabassé par ce même S.A et ses camarades. Fosse alterne cette bastonnade avec une danse bavaroise, montrant ainsi l'insoutenable légèreté et l'indifférence des allemands face à ce qui se préparait. Indifférence que l'on voit quelques temps plus tard avec Maximilien qui en passant devant le lieu d'un crime perpétré par les nazis, pense qu'ils peuvent être maîtrisés et qu'ils ont le mérite de débarrasser l'Allemagne des communistes. On commence à entrevoir la persécution des juifs avec le meurtre du chien de Natalia. Puis le basculement s'opère quand un jeune nazi à la gueule d'ange chante une chanson(Tomorrow belongs to me) où tous les allemands se lèvent pour la reprendre en choeur.

Enfin, la dernière scène est un terrible écho à la première. Nous voyons le même spectacle qu'au début, mais dans le parterre se trouve de nombreuses chemises brunes. Ce renversement se voit dans le cabaret lui-même. C'est d'abord une atmosphère étrange qui se dégage et qui n'est pas sans rappeler l'expressionnisme allemand. D'ailleurs, Fosse y fait clairement référence quand dans son public se trouve une étrange femme qui s'avère être le portrait exact d'un tableau d'Otto Dix, peintre expressionniste allemand.

Portrait de la journaliste Sylvia von Harden

Portrait de la journaliste Sylvia von Harden

Le maître de cérémonie (Joël Gray) participe à cette étrangeté, lui même faisant penser à un personnage sorti d'une œuvre expressionniste avec son maquillage qui met en valeur son visage expressif. Mais du personnage de bouffon, qui met déjà mal à l'aise, il devient très de plus en plus angoissant jusqu'à révéler son vrai visage : celui d'un antisémite avec la chanson : J'aime une guenon. Le spectateur non averti pourra rire de cette chanson mais son sourire s'effacera rapidement avec la dernière phrase de la chanson « A mes yeux, elle n'a pas l'air si juive ». Lui seul semble au fait de ce qui est en train de se tramer en Allemagne. Il semble être de connivence avec le spectateur en s'adressant à lui notamment avec son troublant « La fête est bientôt finie » mais aussi dans la première où l'on ne sait pas qui il accueille dans son cabaret, le public ou nous.

Le maître de cérémonie: un cas barré...

Le maître de cérémonie: un cas barré...

Les scènes de danse participent à cette étrangeté. Le numéro Wilkommen, Bienvenue, Welcome aurait pu être un tableau d'Otto Dix. Les danseuses y sont maquillés comme le maître de cérémonie, mais on y ajoute des vêtements colorés qui tranchent avec les teints sombres du film. Leurs mouvements y sont équivoques mais peu sensuels, on est davantage dans le burlesque. Dans Mein Herr, la sensualité est omniprésente avec Liza Minnelli plus sexy que jamais, vêtue de bas, d'une robe très décolletée et d'un chapeau melon, jouant avec sa chaise à tel point que l'on voudrait être à sa place. Là encore les mouvements sont équivoques mais prennent un tout autre sens avec la présence de l'actrice. Les scènes de danse et de chant (excepté Tomorrow belongs to me) prennent place au cabaret. Elles restent confinés dans un endroit qui leur est dédié, accentuant ainsi le réalisme du film. Peut-on alors parler de comédie musicale ? Clairement non. Cabaret tient plus du drame que du film musical. La gravité de son sujet ne pouvait pas le permettre.

Cabaret est un chef d'oeuvre qui ne vous laissera pas indifférent. Beau, dérangeant, inquiétant, il restera gravé dans votre mémoire pendant longtemps. Alors n'hésitez pas, et entrez dans le Cabaret.

SB

Tag(s) : #Analyse, #Film musical

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